Avertir le modérateur

2006.05.18

Veni Vidi ... Non DaVinci !

 

Ce soir, vers 19 heures dans un cinéma des grands boulevards parisiens, on nage en plein Da Vinci Crowd

Tous les sexes, tous les âges -quelques Américains dans le lot- se pressent à l’entrée de la salle. On y rencontre des fans, des sceptiques, des curieux ; certains ont lu le livre, d’autres savent simplement ce que les médias et leur entourage en ont dit ; tous attendent avec un même sentiment d’excitation à l’idée de voir celui par qui le scandale arrive ...  

Il n’est jamais facile lorsqu’on a commencé par lire un livre d’apprécier son adaptation au cinéma. Il faut être honnête, en dignes enfants de l’écran, on a généralement  soi-même déjà sa propre « image » des différentes scènes, et souvent on sort déçu. L’exercice est ardu, y compris pour les excellents films.

Le livre -il est vrai- agaçait par ses lourdeurs, ses imprécisions, ses contrevérités, son dogmatisme parfois. Le film -et le défi était élevé- est encore pire ! Deux choses l’une, soit on n’a pas lu le roman au préalable et on est un peu perdu dans une intrigue qui ne laisse pas respirer ; soit on l’a vu et on est très, très déçu… Il ne s’agit pas d’entrer dans le débat sur la théorie de Dan Brown qui entre nous n’en vaut pas la peine, mais simplement de déplorer que les quelques aspects qui rendaient la lecture de cette fiction agréable et parfois –avouons-le– haletante sont totalement absents du film. Pas étonnant donc que tous les petits défauts reviennent à la surface de façon encore plus agaçante.

Le Louvre tout d’abord. Passons les erreurs sur l’accrochage des œuvres qui mélangent Renaissance italienne et grands formats du XIXe siècle, passons l’improbabilité qu’un tel musée soit dépourvu d’alarme, passons le choix bizarre du conservateur qui s’embête à décrocher un des plus grands tableaux de la galerie plutôt qu’un petit. Passons tout cela car il y a plus gênant. En effet, alors qu’on aurait pu s’attendre à ce que le réalisateur utilise ce cadre incroyable pour planter une ambiance mystérieuse et esthétique, il reste tragiquement extérieur au musée sans en saisir le charme et en exploiter le ressort dramatique. L’ensemble est ainsi d’une neutralité affligeante et ce même manque d’épaisseur se retrouve malheureusement dans les personnages. Certes on n’a pas au cinéma les mêmes possibilités d’introspection qu’à l’écrit mais tout de même c’est dommage.

L’histoire s’emballe, ça va vite, très vite, trop vite sans doute. Le film prend le parti faire des coupes franches dans le roman pour simplifier, du coup la solidité du propos –très développé dans le livre- perd encore en crédibilité. Tout s’enchaîne donc ainsi pendant 2 heures et demie. Les lecteurs du roman n’en peuvent bientôt plus de voir les gros raccourcis s’accumuler et pour ceux qui découvrent l’histoire ils n’accrochent certainement pas : un vieillard moribond qui graffite comme un fou dans la galerie du Louvre avec une balle dans l’estomac ; un moine albinos qui se flagelle et s’ouvre la chair avec un « porte jarretelle » métallique ; des vues aériennes en images de synthèse style « parc mini château » ; des reconstitutions historiques et des hologrammes risibles de désuétude etc, etc… 

Au final on n’y croit pas –tant mieux peut-être. Le moment de grâce arrive avec la fin. Dans la crypte d’une chapelle perdue en pleine forêt Langdon dévoile que le Christ aurait une descendance qui n’est autre qu’Audrey Tautou alias Sophie Neveu. Les éclats de rire dans la salle achèvent définitivement le film. « La p’tite fillotte de Jésus » : Amélie Poulain ! ... Voilà ensuite que nos deux héros retrouvent les derniers membres du Prieuré de Sion qui ressemblent plus aux « gens du village du coin » qu’aux membres d’une communauté secrète. Et enfin (!) retour sur le Louvre et la fameuse pyramide inversée… lieu de tous les mystères, juste au dessus du … du…Virgin Mégastore, là même où j’avais acheté le roman … ça casse le mythe.

Ouf, sorti ! Je dirais bien que tout cela termine en queue de poisson mais j’aurais trop peur qu’on y voit un symbole chrétien à interpréter … Disons donc simplement que les opposants au film peuvent se rassurer, plus encore que de preuves, c’est de talent dont le Da Vinci Code a manqué.

 

Verdict : allez voir un bon Indiana Jones au Video Club.

 

Primo Piano

17:15 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Afin de vous réconcilier avec le cinéma, je ne peux que vous conseiller les 2 grands films du moment. A ne louper sous aucun prétexte: "Beur, blanc, rouge"
et "Raymond" (il nous faut malheureusement attendre sa sortie quelques jours).
Gageons que les catho affamés de militantisme et de visibilité trouveront avec "666, la malédiction" un nouvel objet à leur ire.

Écrit par : Ambrogio Riva | 2006.05.18

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu