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2008.01.14

Présidentielles américaines

Je me suis plongé depuis une semaine dans les élections américaines, en ignorant ce qu'en disait la presse française et en me concentrant sur les gros médias américains tels CNN, ABCNews, FoxNews (beurkkk), quelques blogs, et les sites des différents candidats. Voici un modeste résumé (sûrement assomant...) de ce que j'ai récolté:

La plupart des médias européens se passionnent plus pour les primaires démocrates. En effet, elles appaisent leur soif de sensationnel et de nouveautés: le premier noir, la première femme, le premier latino (Bill Richardson qui vient de se retirer de la course) etc.... Et elles correspondent à la vision anti-Bush basique et sans nuances qui est à la mode aujourd'hui. Pourtant les différents candidats démocrates (hormi John Edwards qui n'a presque aucune chance) et surtout les deux principaux ont des programmes similaires et se réfèrent aux mêmes valeurs. Chacun se content d'invoquer le "changement" comme d'autres crient "rupture" ou "réforme". Un point intéressant cependant: la position extrèmement floue de Barack Hussein Obama quant à l'Islam. Converti au christianisme, il laisse planer le doute sur la sincérité de cette conversion. A ce sujet, l'analyse d'Anne-Marie Delcambre (cf www.LibertyVox.com) est très intéressante et ne laisse pas d'inquiéter.

A l'inverse les primaires républicaines donnent lieu à un véritable débat de fond entre des candidats, certes moins "nouveaux", mais qui défendent des sytèmes cohérents et clairs. Le débat peut d'autant plus avoir lieu que presque tous les candidats (sauf Duncan Hunter) ont obtenu des résultats significatifs.
En gros:

- Mitt Romney (le mormon) est le candidat officiel du Parti et du Président Bush, il tente de perpétuer la coalition qui existe depuis 30ans (et qui a permis la domination républicaine) entre les néo conservateurs, les anti fiscalistes et les chrétiens évangéliques. Le problème est que cette alliance semble morte et enterrée. De plus, les positions fluctuantes de Rommey sur des sujets primordiaux aux  yeux des électeurs républicains lui ottent une bonne part de crédibilité. Résultats: il a emporté les Caucus du Wyoming (67%, 8 délégués) et du Nevada (51%, 18 délégués), et surtout la primaire du Michigan (39%, 24 délégués) et a terminé second dans le caucus de l'Iowa ( 25%, 12 délégués) et la primaire du New Hampshire (32%, 4 délégués). 4ème en Caroline du Sud (15%, pas de délégué). Il détient le plus grand nombre de délégués en raison de l'appui de l'appareil du parti.

- Rudolph William Giuliani apparaît de plus en plus comme le candidat des néo conservateurs. Toute sa campagne est fondée sur la lutte contre le terrorisme et la poursuite d'une politique étrangère agressive. Il a mis un peu en sourdine la volonté néocons la nécessité impérieuse d'exporter la démocratie dans le monde entier car l'échec de l'Irak et de l'Afghanistan décrédibilisent complétement ce discours. Il tente de relancer sa campagne en modérant ses positions ultra libérales sur la famille et surtout en prenant comme modèle.... Nicolas Sarkozy! Comme son ami français, un programme attrappe-tout, incohérent, démagogique, violent, people et à géométrie variable (selon les auditoires). De plus, il tente de compenser son absence quasi totale de références claires par un tout sécuritaire liberticide très inquiétant (il souhaite aller encore plus loin que le Patriot Act, c'est dire...). Résultats: faibles pour l'instant mais non significatifs car il n'a pas fait campagne dans l'Iowa (4%), le Wyoming, le New Hampshire (9%, pas de délégué) le Michigan (3%!), le Nevada (4% 1 délégué),se réservant pour la Floride et le "Super Tuesday".

- Fred Thompson mène une campagne conservatrice classique sur deux pieds: anti-fiscalisme et chrétiens évangéliques. Il semble peu convaincant, en particulier du fait que son mode de vie ne plaît pas à une partie de son public cible (divorcé et remarié avec une jeunette) qui finalement, se réduit de plus en plus aux anti-fiscalistes. (le domaine est trop technique pour mon anglais sommaire). Résultats: 3ème place dans l'Iowa (13%, 3 délégués), 2ème place dans le Wyoming (25%, 3 délégués), 6ème dans le New Hampshire (1%, pas de délégué), 5ème dans le Michigan (4%, pas de délégué) 5ème dans le Nevada (8% 2 délégués). Arrivé seulement 3ème en Caroline du Sud (16% pas de délégué) où il avait beaucoup misé, son maintien dans la course est très compromis.

- John Sidney McCain, déjà candidat en 2000 contre Bush, est un électron libre du Parti Républicain. Il n'a pas ménagé Bush pendant son mandat. Sa grand force est la cohérence de ses positions sur la durée et son réalisme. Il s'oppose clairement aux néo conservateurs, en particulier sur les méthodes et les buts de guerre en Irak, mais, par réalisme et patriotisme, il réclame l'envoi de troupes supplémentaires en Irak. Visant en priorité l'électorat indépendant et modéré, il est dans le même temps tout à fait compatible avec deux des trois branches de la coalition défunte: les anti fiscalistes et les évangélistes. Ce pari pourrait s'avérer gagnant, d'autant que le néo conservatisme est le principal facteur d'impopularité de la Présidence Bush. Résultats: 4ème place dans l'Iowa (13%, 3 délégués), 1er dans le New Hampshire (37%, 7 délégués), 2ème dans le Michigan (30%, 4 délégués), 3ème dans le Nevada (13% 4 délégués), 1er en Caroline du Sud (33%, 19 délégués).

Venons en désormais aux trois candidats les plus intéressants intellectuellement:

- Ronald Ernest Paul (Ron Paul) se positionne clairement comme libertarien (libéral en France), ultra fédéraliste (presque confédéraliste) et isolationniste. Ce courant, ultra minoritaire dans le Parti Républicain, se réclame d'un conservatisme historique le plus stric. Sa réflexion sur le rôle de l'état central et la place de l'impôt est très intéressante. Mon niveau en anglais ne m'a malheureusement pas permis d'en comprendre toutes les finesses, mais je relève qu'il est le seul homme politique d'importance à relever le défi de pousser les théories libérales jusqu'au bout. Cette exigence intellectuelle et cette rigueur lui valent d'être boycotté par les puissances financières et les grands médias (un lien avec ses positions anti-Israëliennes assumées???)... et de susciter un intérêt non négligeable: il a réussi à lever beaucoup de fonds auprès des particuliers et a obtenu pour l'instant de meilleurs résultats que M. Guiliani. Et ce en dépit d'une campagne de calomnie (l'accusant de racisme) particulièrement violente orchestrée par les principales télévisions. Preuve que sa candidature dérange. Résultats: 2ème dans le Nevada (14%, 4 délégués), 5ème dans l'Iowa (10%, 2 délégués), 5ème dans le New Hampshire (8%, pas de délégué), 4ème dans le Michigan (6%, pas de délégués), 5ème en Caroline du Sud (4%, pas de délégué). S'il n'obtient pas l'investiture républicaine, se présentera peut être sous les couleurs du parti libertarien et d'autres petits partis.

- Duncan Hunter représente une droite nationaliste, protectioniste, conservatrice et chrétienne traditionnelle qui a le mérite d'être cohérente. Comme pour Ron Paul, son intransigeance intellectuelle sans compromission lui vaut le boycott de la totalité des médias. Il n'est ainsi pas convié aux débats télévisés de FoxNews (surnommée "FauxNews"), comme Ron Paul, sous des prétextes falacieux. Résultats faibles et non significatifs en raison de son impossibilité d'accéder aux médias: Wyoming: 8%, 1 délégué, Iowa: 1% pas de délégué, New Hampshire: 1%, pas de délégué. S'est retiré de la course après le caucus du Nevada.

- Michael Dale Huckabee (Mike Huckabee) est le candidat des chrétiens évangélistes. Sa candidature contre Rommey et Guilliani a sonné comme une déclaration de guerre de cette partie importante de l'électorat républicain. Il incarne avec succès le courant social-conservateur sur lequel Bush avait construit sa victoire en 2000 (souvenez vous du "conservatisme compassionnel"). La différence est que le Pasteur Huckabee est bien plus crédible que le Président sortant tant son mode de vie, ses origines (très modestes) et son bilan de gouverneur correspondent à ses idées, à tel point qu'il est perçu comme "incarnant" réellement ce conservatisme-social, comme Ron Paul incarne le libertarianisme. (alors que Rommey et Thompson peinent à être crédible par exemple). Ce positionnement social pourrait lui couter les voix des franges les plus conservatrices de l'électorat chrétien au profit de Duncan Hunter, si ce dernier avait plus d'accès aux médias, ou de Fred Thompson s'il réussissait à crédibiliser sa candidature. D'après ce que j'ai lu, il me semble que si Huckabee (en dépit de moyens ridiculement faibles) parvient à unifier sur son nom l'électorat chrétien, il peut perturber très fortement les candidats "officiels". Résultats: 1er dans l'Iowa (34%, 17 délégués), 3ème dans le New Hampshire (11%, 1 délégué), 3ème dans le Michigan (16%, 1 délégué), 4ème dans le Nevada (8%2 délégués), 2èmeen Caroline du Sud (30% 5 délégués).

Veuillez pardonner le caractère scolaire et la longueur de ce post, qui n'avait d'autre objet que de faire partager les longues heures d'épluchage de sources américaines.

 

Ambrogio Riva

Commentaires

Très intéressant cet article.
Je trouve que la bulle médiatique a tort de se focaliser uniquement sur une hypothétique victoire des Démocrates étant donné que les grosses caisses Républicaines ont encore 9 mois pour les laminer.
D'ailleurs, TOUS les candidats Républicains sont donnés gagnant face à Hillary Clinton.
Pour ma part, je pense que Ron Paul ferait un bon président des Etats-Unis d'Amerique. Il crystalise les espérances de ses concitoyens et de toutes les nations du monde, notamment en refusant d'embourber les troupes américaine plus longtemps en Irak. Et cette stratégie s'avère payante puisque Ron Paul séduit les jeunes, les militaires et les déçus des Démocrates. Et même si il ne remporte pas les primaires, il aura au moins opéré une révolution sur Internet, puisqu'il a carrément changé la donne de la campagne: levée de fonds records sur son site, record d'amis sur MySpace, sans compter ses apparitions TV qui font un carton sur YouTube et tous les fans-club qu'il compte à l'étranger (c'est d'ailleurs le seul candidat dans ce cas-là).
De ce fait, je vous conseille de visiter le site: http://ronpaulfr.blogspot.com/

Bien à vous,
Lithan

Écrit par : Lithan | 2008.01.14

Merci! J'ai également constaté la profondeur du phénomène Ron Paul sur le net. Malgrè ses 72 ans, il apporte un bol d'air frai dans le parti républicain. Même sans l'investiture républicaine, ce mouvement d'enthousiasme laisse présager qu'il pourrait faire un score non négligeable. Dans ce cas, ce serait autant de voix qui risqueraient de faire défaut au candidat Républicain dans les états charnières. Mais je m'égare dans la cuisine politicienne.

Écrit par : Ambrogio Riva | 2008.01.14

Moi je dis un villepin sinon rien !

Écrit par : lapin | 2008.01.15

Un élément important de la campagne de Ron Paul est également sa position sur le système monétaire. La suppression des privilèges de la FED, constitué de banquiers privés rémunérés par le contribuable américain, fait parti d’une réforme primordiale face à la chute du dollar et de l’appauvrissement de la classe sociale moyenne. Il est a noté que ce privilège de la planche a billet sans contre parti existe également avec la BCE qui par contre a sa contre parti en dollar !
Le contribuable européen est également le rémunérateur des banquiers de la BCE par l’intermédiaire des banques nationales qui empruntent à un taux financé par les citoyens.
Ces deux super banques travaillant en partenariat par l’intermédiaires de diverses multinationales, corporations, institutions, fondations, etc, une réforme de leurs fonctions qui consiste a combattre l’inflation au détriment de l’emploi en favorisant les produits financiers sera la bienvenue.
D’autres présidents se sont fait éliminés pour s’être opposé à ces banquiers planétaires ce qui fait de Ron Paul un candidat indésirable pour les subalternes que sont devenus les medias officiels.
Quelque part pour les partisans de Ron Paul, ce combat s’adresse a tous car avec l’adoption prochainement de Traité Européen, chaque pays perdra définitivement toute souveraineté au niveau de sa monnaie au profit d’une banque centrale européenne dont la réserve est constitué a 80% en dollars.

Écrit par : Robert | 2008.01.15

Attention Robert, ce que vous dites sur la BCE est trés injtéressant mais vous semblez faire de la Fed son frére jumeau, ce qui est tout sauf exact.
La Fed est avant tout un réseau de banques centrales et non pas une seule banque centrale omnipotente. En plus, son président n'est pas en apesanteur mais rend des comptes aux politiques. Il est lui-même considéré comme une autorité politique et peut-être reconduit à son poste (alors que son homologue européene est toujours éconduit). Enfin, la Fed poursuit le double objectif du plein emploi et de l'inflation là où la BCE est monotâche: inflation inflation!
D'aileurs il est intéressant de constater que la Fed méne toujours une politique de taux qui avantage l'économie américaine au détriment du reste du monde alors que la BCE (qui doit faire ses preuve en terme de crédibilité) exagére considérablement sa politique anti inflationniste et ce au détriement de l'économie européenne et pour la plus grande satisafaction des rentiers (stabilité des rentes).

Écrit par : Klarenberg | 2008.01.15

Il est exact que la FED et la BEC sont des structures de banques différentes.
Néanmoins le FED est la banque centrale privée des Etats-Unis qui supervise le système bancaire américain, qui décide de la politique monétaire et qui n’a aucune responsabilité quant a la valeur de sa devise, le dollar.
La BCE est un système européen de banques centrales avec les banques nationales des états membres de l’Europe. Elle est en théorie indépendante des gouvernements des états membres mais son rôle de combattre l’inflation avec un outil comme le NAIRU (ratio de chômage n’accélérant pas l’inflation) afin de favoriser les produits financiers des rentiers des deux cotés de l’Atlantique provient bien d’une prise de décision politique.
La BCE et la FED ne sont pas sœurs jumelles mais travaillent main dans la main et leurs différentes politiques sont toujours profitables a certains.
Comment la BCE peut se transformer ou se comporter en cas de ratification du traité européen, alors que le sauvetage de l’économie américaine passe par une réforme de la planche a billets, est une question posée.

Écrit par : Robert | 2008.01.15

Je n'aurais jamais crû que l'on eût pu parler de la FED et de la BCE sur Primo Piano ... et à y réfléchir je trouve cela inquiétant ... j'aime en fait ;-)

Écrit par : primo Piano | 2008.01.15

D'accord avec Klarenberg sur les rôles de la BCE et de la FED.
La banque centrale US sauve l'emploi au détriment de l'inflation alors que Trichet fait exactement le contraire et encore, celà s'avère un échec total puisque l'inflation sera supérieure à 3.5% en 2007, contre les 2% initialement fixés. Le problème, c'est que l'économie de l'UE varie fortement d'un pays à l'autre, et il est très difficile de trouver le juste équilibre. La France et l'Italie sont à la traîne quand la Roumanie et la Bulgarie sont en surchauffe. Diminuer ou augmenter les taux d'intérêts reviendraient à déséquilibrer plus encore la situation ! Dans ce sens là, je trouve que l'indépendance de la BCE est aussi injustifiée que, par exemple, donner à des fonds privés la gestion de l'armée Française !

Écrit par : Lithan | 2008.01.16

Vous avez raison Lithan et on ne le répétera jamais assez: la zone monétaire européenne n'est pas une zone monétaire optimale!

Maurice Allais et Gordon Brown l'avait bien vu, l'un est prix Nobel d'économie et l'autre était ministre de l'économie du pays qui connaît un fort taux de croissance sans la monaie d'occupation européenne!

De toute façon "on n'a pas fait l'Euro pour des raisons économiques", vous avoueront tous les spécialistes en conclusion à toute discussion sur le sujet...

Écrit par : Klarenberg | 2008.01.17

'Tain, dans le Nevada, Ron Paul a fini 2ième juste derrière Mitt Romney - avec 14% des voix et devancant McCain et Huckabee !!

Écrit par : Lithan | 2008.01.20

Moi aussi ça me rend dingue!

Écrit par : vito andolini | 2008.01.21

Ron Paul est aussi arrivé deuxième au caucus de Louisiane.
Putain, je commence vraiment a y croire !!!

Écrit par : Lithan | 2008.01.27

Peut on considérer Ron Paul comme isolationniste ? Une politique économique libérale peut-t-elle être isolationniste sans une forte intervention gouvernementale ?
Ron Paul est en faveur d’une réduction de l’interventionnisme gouvernemental. Ses détracteurs se servent d’ailleurs de l’étiquette « isolationniste » pour mieux l’isoler.

Écrit par : Robert | 2008.01.27

Les commentaires sont fermés.

 
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